Faible niveau de rayonnement : Comment le modèle linéaire sans seuil assure la sécurité des Canadiens
le 16 décembre 2009
En bref
- Le modèle linéaire sans seuil est un modèle de risque utilisé à l’échelle internationale par la plupart des organismes de santé et des organismes de réglementation nucléaire afin d’établir des limites de dose pour les travailleurs et les membres du public. Il est au cœur de l’approche adoptée par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) en matière de radioprotection.
- Le modèle linéaire sans seuil présume raisonnablement qu’il existe un lien direct entre la radioexposition et le taux de cancer.
- Il n’existe pas de preuve scientifique manifeste que l’exposition chronique à des doses de rayonnement de moins de 100 millisieverts (mSv) entraîne des effets nocifs sur la santé.
- Plusieurs rapports scientifiques et médiatiques ont mis en évidence des preuves scientifiques qui semblent indiquer que le faible niveau de rayonnement est moins nocif que ce que prévoyait le modèle linéaire sans seuil.
- Étant donné que le modèle linéaire sans seuil présume que toute radioexposition comporte des risques, le principe ALARA oblige les titulaires de permis à maintenir l’exposition aux rayonnements au niveau le plus faible qu’il soit raisonnablement possible d’atteindre, compte tenu des facteurs sociaux et économiques. Le principe ALARA constitue un principe de base dans l’approche de la CCSN en matière de radioprotection.
- Sur le plan de la radioprotection, la CCSN adopte une approche prudente qui permet d’assurer la santé et la sécurité des Canadiens et la protection de leur environnement.
Modèles de risques pour la radioprotection
Le modèle linéaire sans seuil est le modèle de risque le plus couramment accepté par les organismes de santé et les organismes de réglementation nucléaire du monde entier, y compris la CCSN. Il présume, dans le contexte des pratiques de radioprotection, qu’il existe un lien direct et proportionnel entre la radioexposition et les risques de cancer pour toutes les doses de rayonnement.
Les risques liés aux rayonnements sont généralement tirés des études sur les survivants à la bombe atomique dans lesquelles l’incidence des maladies (en particulier le cancer) a été évaluée en fonction de la dose de rayonnement. Lorsque des données ont pu être obtenues, la réaction à la dose était linéaire, c’est‑à‑dire que plus la dose est forte, plus le risque de cancer est élevé. Toutefois, sous le point de données le plus bas, l’incidence naturelle de la maladie occulte tout effet pouvant être causé par les rayonnements. Par conséquent, le modèle linéaire sans seuil présume que l’incidence de cancer, par rapport à la dose de rayonnement, fonctionne de la même façon qu’à doses plus fortes, c’est‑à‑dire de façon linéaire.
- L’adoption du modèle linéaire sans seuil a mené à la mise au point du principe ALARA, qui constitue un aspect fondamental de l’approche de la CCSN sur le plan de la radioprotection.
Toutefois, étant donné qu’il existe peu de preuves que l’exposition chronique à des doses de moins de 100 mSv entraîne des effets nocifs sur la santé, le modèle de risque linéaire sans seuil n’offre aucune certitude. Par conséquent, certains chercheurs ont proposé d’autres modèles de risque.
La figure 1 montre certains modèles proposés par les chercheurs pour estimer le risque lié aux rayonnements sous les doses les plus faibles que l’on sait être associées à une incidence accrue du cancer (environ 100 mSv).
- Le modèle linéaire sans seuil représente une ligne droite allant jusqu’à zéro, c’est‑à‑dire que le risque de cancer s’accroîtra en fonction de la hausse de la dose, à partir des niveaux naturels.
- Le modèle fondé sur un seuil sous-entend que, en-deçà d’une certaine dose, il n’existe pas de risque.
- Le modèle basé sur l’hypersensibilité suggère un risque plus important à doses plus faibles.
- Le modèle fondé sur l’hormèse suggère que de faibles doses de rayonnement peuvent même avoir un effet protecteur et bénéfique.
- Les points de données représentent les données épidémiologiques connues pour une exposition à 100 mSv et plus.
Figure 1 : Modèles de radioprotection

L’exactitude du modèle linéaire sans seuil a été remise en question dans le documentaire de la BBC de 2006 intitulé Nuclear Nightmares*, qui favorisait les modèles fondés sur un seuil et sur l’hormèse, bien que le programme admette qu’il s’agit de concepts controversés.
Des rapports de la Commission internationale de protection radiologique (ICRP 99, 2006) et du U.S. National Research Council of the National Academies (BEIR VII, 2006) énonçaient que, bien que des faits appuient d’autres modèles, le modèle linéaire sans seuil est celui qui correspond le mieux, en général, sur le plan de la radioprotection.
En novembre 2009, l’Electrical Power Research Institute a publié une évaluation* exhaustive des ouvrages scientifiques sur les effets sur la santé de faibles doses de rayonnement, mettant l’accent sur l’information nouvelle. Il en a tiré trois conclusions :
- Les risques liés aux effets de faibles doses pourraient être surestimés.
- Les doses de rayonnement individuelles de moins de 10 rem (100 mSv) au cours d’une seule exposition sont trop faibles pour permettre la détection d’excès significatif d'incidence de cancer.
- La recherche sur les effets sur la santé de faibles doses de rayonnement doit se poursuivre, mettant en commun les dernières conclusions en radiobiologie et en épidémiologie afin de comprendre en profondeur les risques liés aux rayonnements.
* Important : sauf indication contraire, la CCSN n’appuie pas les points de vue, opinions ou conclusions de tiers tirés d’études citées en référence.
Perspective de la CCSN
- La CCSN n’autoriserait pas des activités nucléaires peu sûres, et le modèle linéaire sans seuil est un moyen d’assurer la protection voulue.
Sur le plan de la radioprotection, l’adoption du modèle linéaire sans seuil constitue pour la CCSN une approche prudente afin de bien protéger les Canadiens contre les rayonnements. Si de nouvelles études démontraient qu’un autre modèle offrait le même niveau de protection que le modèle linéaire sans seuil et si ce modèle obtenait l’appui de la communauté internationale de la radioprotection, cet autre modèle pourrait être adopté par la CCSN. Jusqu’à présent, toutefois, la CCSN s’harmonise à ses pairs internationaux en utilisant le modèle linéaire sans seuil.
La CCSN n’autoriserait pas des activités nucléaires peu sûres, et le modèle linéaire sans seuil est un moyen d’assurer la protection voulue. Le modèle offre une compréhension des risques liés aux rayonnements, ce qui permet à la CCSN et d’autres organismes de réglementation d’établir des limites de dose et de prendre des règlements qui limitent l’exposition à un niveau acceptable. Les doses de rayonnement qui ne dépassent pas ces limites sont considérées comme « sûres », car il n’existe pas de preuves scientifiques ou médicales directes qui montrent qu’elles causent des dommages. Afin de protéger les travailleurs du secteur nucléaire et les membres du public, la CCSN autorisent les activités nucléaires et assurent leur surveillance de sorte à contrôler les doses.
Les limites de dose réglementaires pour les travailleurs aux installations nucléaires et le grand public sont établies de façon à restreindre l’exposition aux rayonnements à des niveaux acceptables. En outre, la CCSN oblige tous les titulaires de permis à maintenir l’exposition aux rayonnements au niveau le plus faible qu’il soit raisonnablement possible d’atteindre, compte tenu des facteurs sociaux et économiques (principe ALARA).
La limite de dose réglementaire pour le public canadien est de 1 millisievert (mSv) par année, alors que celle pour un travailleur du secteur nucléaire est de 50 mSv par année et de 100 mSv sur cinq ans. Ces limites sont établies en fonction de normes internationales rédigées à partir des meilleures connaissances scientifiques disponibles.
Les installations nucléaires canadiennes ont d’excellents antécédents pour ce qui est de maintenir les doses de rayonnement bien en-deçà des limites réglementaires. La figure 2 montre que les doses annuelles aux membres du public vivant près de centrales nucléaires étaient inférieures à 1 % de la limite réglementaire de 1 mSv.
Figure 2 : Doses au public aux environs des centrales nucléaires canadiennes en pourcentage de la limite de dose annuelle de 1 mSv établie pour la population.

Questions ou commentaires?
La CCSN accueille favorablement les questions et commentaires de toutes les parties intéressées. Elle a à cœur de respecter son mandat qui consiste à réglementer le secteur nucléaire de manière à protéger les Canadiens et l’environnement, notamment au moyen de la diffusion de renseignements scientifiques au public sur la façon dont elle assume ses responsabilités.
Liens connexes
- Rapport de l’Electrical Power Research Institute (Source : EPRI)
- Nuclear Nightmares, de la BBC (Source : site Web de la BBC)
- Faits saillants 1 : Les doses de rayonnement expliquées du Rapport annuel 2008-2009 de la CCSN (p. 20)
- Études sur la santé et documents d'information
- Radiation, People and the Environment (Source : AIEA)
- Commission internationale de protection radiologique
- Comité scientifique des Nations Unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants
- Beir VII: Health Risks from Exposure to Low Levels of Ionizing Radiation (en anglais seulement)
- ICRP Publication 99: Low-Dose Extrapolation Of Radiation Related Cancer Risk (en anglais seulement)