Ce document d’application de la réglementation est un d’une suite des documents réglementaires qui comprennent le cycle de vie des centrales nucléaires canadiennes de l’emplacement et conception à l’opération et déclassement. Ce document réglementaire a pour but d’informer le titulaire de permis sur les phases et les étapes que comporte un projet de prolongement de la durée de vie d’une centrale nucléaire.
Ce document réglementaire décrit les aspects suivants :
Voici les dispositions suivantes de la Loi sur la sûreté et la réglementation nucléaires (LSRN) et de ses règlements qui s’appliquent en la matière :
Les règlements associés à la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (LCEE) s’appliquent également à un projet de prolongement de la durée de vie d’une centrale. Les autres règlements pertinents figurent dans la partie Documents connexes qui se trouve à la fin du présent document.
Au Canada, les centrales nucléaires sont assujetties à la surveillance réglementaire continue de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (la CCSN, la Commission), y compris pour le renouvellement périodique des permis. Cependant, le titulaire de permis peut choisir, à des fins d’exploitation à long terme, de réaliser un projet de prolongement de la durée de vie. La poursuite de l’exploitation de la centrale dépend en grande partie du travail qui sera nécessaire pour assurer l’exploitation sécuritaire à long terme de cette centrale.
Le projet de prolongement de la durée de vie d’une centrale peut impliquer le remplacement ou la réfection de composants importants, des modifications substantielles à la centrale, ou une combinaison des deux. Par conséquent, ces projets représentent un engagement à poursuivre l’exploitation à long terme de la centrale. Conformément aux objectifs de la LSRN, la Commission doit s’assurer que la poursuite de l’exploitation de la centrale ne posera pas de risques inacceptables pour la santé, la sûreté, la sécurité, ou l’environnement et qu’elle sera conforme aux obligations internationales du Canada.
Le titulaire de permis trouvera dans le document Préparation des descriptions de projet en vertu de la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, produit par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, des renseignements pouvant l’aider à élaborer la description du projet.
Le titulaire de permis avise officiellement la Commission de son intention de prolonger la durée de vie de la centrale et soumet avec cet avis une description du projet. Cette description présente la conception initiale du projet par le titulaire de permis et comprend :
La description du projet forme la base de l’EE et sert également de point de référence pour le projet.
Le titulaire de permis trouvera dans le document Préparation des descriptions de projet en vertu de la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, produit par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, des renseignements pouvant l’aider à élaborer la description du projet.
Le titulaire de permis qui décide d’entreprendre un projet de prolongement de la durée de vie doit relever et régler systématiquement toutes les questions concernant l’environnement et la sûreté et les intégrer dans un plan intégré de mise en œuvre. Pour ce faire, il :
Comme les renseignements recueillis durant l’EE peuvent s’appliquer à l’EIS, et inversement, l’EE et l’EIS se font en parallèle, lorsque c’est possible.
Conformément à la LCEE, une évaluation environnementale (EE) du projet de prolongement de la durée de vie peut être requise. Le cas échéant, l’EE devra permettre de conclure que le projet n’aura pas d’effets nocifs pour l’environnement avant que des permis ne soient délivrés aux termes de la LSRN.
En tant qu’autorité responsable de la conduite du processus d’EE, la Commission détermine si une EE est nécessaire et, le cas échéant, s’assure que le processus se déroule dans les règles.
L’examen intégré de la sûreté (EIS) se déroule au moment où le titulaire de permis envisage le prolongement de la durée de vie d’une centrale. Il s’agit d’une évaluation exhaustive de la conception, de l’état et du fonctionnement de la centrale. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) publie à ce sujet un guide de sûreté intitulé Periodic Safety Review of Nuclear Power Plants. L’EIS est semblable au bilan périodique de la sûreté (Periodic Safety Review) de l’AIEA, mais il s’en distingue du fait qu’il s’applique dans le cadre d’un projet de prolongement de la durée de vie d’une centrale.
Dans le cadre de l’EIS, le titulaire de permis évalue l’état actuel et le rendement de la centrale pour déterminer dans quelle mesure celle-ci se conforme aux pratiques et normes modernes, et pour identifier les facteurs susceptibles d’en limiter l’exploitation sûre à long terme. Il tient compte de l’expérience acquise en exploitation au Canada et à l’étranger, des nouvelles connaissances découlant des activités de recherche et de développement ainsi que des progrès technologiques. Ceci permet de déterminer les modifications raisonnables et pratiques que le titulaire de permis pourrait devoir apporter aux systèmes, structures et composants, ainsi qu’aux pratiques de gestion, afin que la centrale atteigne un degré de sûreté approchant celui des centrales nucléaires modernes et puisse être exploitée à long terme.
L’EIS a comme objectif de déterminer :
L’EIS devrait comprendre :
Avant de procéder à l’EIS, le titulaire de permis prépare un document des bases de l’EIS, qui établit la portée et la méthodologie d’exécution de l’EIS. Ce document comprend les renseignements suivants :
Le document des bases de l’EIS est soumis à la Commission à des fins d’acceptation.
6.2.2 Rapports sur les facteurs de sûreté de l’EIS
Le titulaire de permis prend en considération tous les facteurs de sûreté pertinents et soumet des rapports sur les facteurs de sûreté de l’EIS à la Commission. Il propose la façon dont la portée de l’EIS sera abordée et soumet soit des rapports individuels pour chacun des facteurs de sûreté considérés, soit des rapports regroupant plusieurs facteurs de sûreté si ces derniers peuvent être regroupés.
Les rapports sur les facteurs de sûreté contiennent les résultats des revues, y compris les mesures correctives et les améliorations de la sûreté proposées, pour les sujets spécifiques. Les résultats des revues de conformité et la comparaison avec les pratiques et les normes modernes sont également inclus.
6.2.3 Confirmation de la justesse des rapports sur les facteurs de sûreté
Le titulaire de permis soumet les rapports sur les facteurs de sûreté à la Commission aux fins d’acceptation. Il intègre les résultats finaux dans un plan intégré de mise en œuvre.
Le titulaire de permis intègre les résultats de l’évaluation environnementale et des rapports sur les facteurs de sûreté dans un rapport d’évaluation globale, qui comprend un plan intégré de mise en œuvre.
Le rapport d’évaluation globale présente les résultats significatifs de l’EIS, y compris les points forts de la centrale, le plan intégré de mise en œuvre visant les mesures correctives et les améliorations de la sûreté, et un jugement global du risque relié à l’acceptabilité du maintien en exploitation de la centrale. Le titulaire de permis doit prendre en compte les interactions entre les facteurs de sûreté, les lacunes individuelles, les mesures correctives et les améliorations de la sûreté, incluant les mesures compensatoires, lorsqu’il évalue la sûreté globale de la centrale et l’acceptabilité de son maintien en exploitation. L’évaluation globale devrait également montrer dans quelle mesure les exigences de sûreté liées au concept de défense en profondeur sont respectées.
6.3.2 Plan intégré de mise en œuvre
Lorsqu’il élabore le plan intégré de mise en œuvre, le titulaire de permis :
Le plan intégré de mise en œuvre présente le calendrier pour l’implémentation des améliorations de la sûreté, qui devraient être achevées dans un délai raisonnable. Si ces améliorations ne peuvent être achevées durant le prochain arrêt, le titulaire de permis doit justifier le report des travaux.
Le titulaire de permis met à jour, en fonction des résultats de l’EIS, toute la documentation de la centrale, comme le Rapport de sûreté, les procédures d’exploitation et d’entretien, et les documents de formation.
Le titulaire peut choisir d’inclure des renseignements de type coût-bénéfice au plan intégré de mise en œuvre.
La Commission révise le rapport d’évaluation globale du titulaire de permis pour en établir l’acceptabilité en évaluant :
Les résultats des revues de la Commission sont pris en compte dans la révision du rapport d’évaluation globale, incluant le plan intégré de mise en œuvre.
La Commission étudie le rapport d’évaluation globale, puis l’accepte ou impose des modifications. Si le rapport est accepté, le permis est amendé pour inclure les conditions à respecter lors de la phase du projet visant la remise en service de la centrale.
6.4.1 Modifications au plan intégré de mise en œuvre
Le titulaire de permis devrait avoir un processus bien défini pour contrôler toute modification apportée au plan intégré de mise en œuvre.
Il devra obtenir une approbation formelle pour :
Le titulaire de permis prépare un plan d’exécution du projet qui identifie les activités à réaliser pour l’atteinte des résultats désirés. À l’étape de la planification, les aspects qui nécessitent une attention particulière comprennent :
Pour mettre en œuvre son projet, le titulaire de permis doit disposer de programmes et de processus acceptables pour le contrôle et l’exécution du projet. Ces programmes et processus peuvent inclure des considérations provenant de divers domaines tels que :
Lorsqu’il traite ces considérations, le titulaire de permis devrait se référer aux exigences de la Commission ainsi qu’aux lois et normes appropriées, et s’en inspirer pour élaborer les éléments du programme, et établir de quelle façon les résultats du programme seront mesurés.
La Commission évaluera si les programmes et les processus sont adéquats pour le contrôle du projet de prolongement de la durée de vie.
À toutes les phases de l’exécution du projet, le titulaire de permis devra assurer un suivi du projet au niveau des progrès accomplis, de la sûreté et de la qualité. Les aspects surveillés peuvent comprendre :
Le suivi du projet inclut une vérification que le travail a été correctement réalisé et peut révéler la nécessité de :
Le titulaire de permis devrait évaluer toutes les lacunes identifiées afin d’en établir les causes et les répercussions sur les autres aspects du projet.
Le titulaire de permis devra élaborer un plan de remise en service pour le projet de prolongement de la durée de vie. La remise en service signifie la reprise de l’exploitation commerciale du réacteur ainsi que des systèmes nucléaires et non nucléaires. Le titulaire de permis devra démontrer que toutes les conditions de permis pertinentes sont satisfaites et que les travaux connexes ont été réalisés à la satisfaction de la Commission. Il devra déposer des rapports d’assurance relatifs à l’achèvement de la conception et à l’achèvement de la construction, ainsi que des rapports d’assurance relatifs à l’achèvement de chaque phase de la remise en service.
Pour être autorisé à remettre la centrale en service, le titulaire de permis doit être en mesure de démontrer que les systèmes, structures et composants, existants ou nouveaux, sont conformes aux exigences physiques et fonctionnelles, ainsi qu’aux exigences liées au rendement, à la sûreté et au contrôle de la centrale. Les pratiques de gestion devront également avoir été mises à jour de façon appropriée.
Cette démonstration sera réalisée au cours de quatre phases de la remise en service:
On devrait se référer aux données de référence du système acquises lors des activités antérieures de mise en service, si elles sont disponibles; sinon on recueillera de nouvelles données de référence. Ces données peuvent provenir d’inspections inaugurales ou de référence effectuées sur des systèmes, structures et composants, existants ou nouveaux. De plus, le titulaire de permis devra définir les critères d’acceptation des essais et des tests de mise en service.
De nombreuses étapes importantes – ou jalons – doivent être franchies lors de la remise en service dans le cadre d’un projet de prolongement de la durée de vie d’une centrale, parmi lesquelles :
Le processus de remise en service comporte des activités menant à des « points d’arrêt » réglementaires. Ces points d’arrêt sont normalement associés aux phases de la mise en service et peuvent comprendre les étapes susmentionnées. Le permis est assorti de conditions relatives à l’administration des points d’arrêt que le titulaire de permis devra intégrer à son plan de remise en service.
Pour être autorisé à « franchir » un point d’arrêt, le titulaire de permis doit soumettre à la Commission un document d’assurance d’achèvement, qui démontre que tous les engagements à respecter avant l’enlèvement du point d’arrêt ont été remplis. La Commission doit accepter le document avant que l’autorisation de franchir le point d’arrêt soit accordée.
Le titulaire de permis pourra entreprendre l’exploitation normale, une fois qu’il aura obtenu toutes les autorisations de la Commission et qu’il aura franchi tous les points d’arrêt.
Après la remise en service, on s’attend à ce que le titulaire de permis fasse un suivi du rendement de la centrale et des programmes nouveaux ou mis à jour afin de s’assurer qu’ils sont adéquats.
bases d’autorisation (« licensing basis »)
Les bases d’autorisation, c.-à-d. les bases sur lesquelles un permis pourrait être délivré, incluent les bases de conception et sont un ensemble de renseignements qui démontrent que :
bases de conception (« design basis »)
Gamme des conditions et des événements pour lesquels une centrale nucléaire est conçue, conformément aux critères établis afin que l’installation puisse résisté à ces conditions et événements sans que les limites autorisées de fonctionnement prévu des systèmes de sûreté soient dépassées. Dans ce contexte, on emploie également le terme « dimensionnement ».
centrale nucléaire
Toute installation constituée d’un ou de plusieurs réacteurs à fission qui a été construite pour produire de l’électricité à une échelle commerciale et qui est une installation nucléaire de catégorie IA, telle que définie dans le Règlement sur les installations nucléaires de catégorie I.
dossier générique (« generic action item »)
Problématiques liées à la sûreté qui ont été identifiées par la Commission et pour lesquels les titulaires de permis doivent prendre, dans des délais raisonnables, les mesures correctives qui s’imposent.
durée de vie nominale (« design life »)
Période définie pour l’exploitation sécuritaire de l’installation, des systèmes, des structures et des composants.
état d’arrêt garanti
Ensemble de conditions qui fournissent une garantie suffisante que le réacteur demeurera en état d’arrêt malgré toute défaillance crédible.
évaluation environnementale
Évaluation des effets environnementaux d’un projet qui est menée conformément à la LCEE et à ses règlements.
examen intégré de la sûreté (« integrated safety review »)
Évaluation approfondie de la conception et de l’exploitation d’une centrale, menée conformément au guide de sûreté de l’AIEA intitulé Periodic Safety Review of Nuclear Power Plants – Safety Guide.
normes modernes
Ensemble des exigences et des objectifs de haut niveau qui régissent le choix du site, la conception, la construction, la mise en service, l’exploitation et le déclassement d’une centrale nucléaire si celle-ci devait être construite au début du projet de prolongement de la durée de vie de la centrale.
points d’arrêt (« hold points »)
Étapes spécifiques qui sont inscrites dans le plan de mise en service afin de séparer les phases critiques pendant la mise en service et de permettre un examen réglementaire avant le passage d’une phase à l’autre. Les points d’arrêt permettent de confirmer la résolution des problèmes afin que la réalisation de l’étape suivante ne pose pas de risques inacceptables pour la santé, la sécurité, la sûreté ou l’environnement.
pratiques
Renseignements contenus dans les codes et normes industriels modernes ainsi que les pratiques directement associées aux normes modernes. On devrait prendre en compte dans les lignes directrices l’expérience acquise en exploitation et les résultats des développements techniques (nouvelles connaissances sur les effets cumulatifs du vieillissement, résultats des activités de recherche et développement en physique du réacteur, ingénierie des facteurs humains, fiabilité humaine, génie logiciel, etc.).
prolongement de la durée de vie
Action de prolonger la période d’exploitation sécuritaire d’une centrale nucléaire au-delà de la durée de vie nominale, en remplaçant ou en remettant en état des composants importants, ou en apportant des modifications substantielles à la centrale, ou une combinaison des deux.
réfection
Activités et travaux effectués pour remettre un ou plusieurs systèmes dans un état comparable à celui d’un nouveau système.
réglementé ou réglementaire
Prévu par les règlements fédéraux.
Programmes et domaines de sûreté de la CCSN
Domaines de sûreté de la CCSN |
Programmes de la CCSN |
1. Rendement en exploitation |
1. Organisation et gestion de la centrale 2. Exploitation 3. Santé et sécurité au travail (aspects non radiologiques) |
2. Assurance du rendement |
1. Gestion de la qualité 2. Facteurs humains 3. Formation |
3. Conception et analyse |
1. Analyse de sûreté 2. Problématiques liées à la sûreté 3. Conception |
4. Aptitude fonctionnelle de l’équipement en service |
1. Entretien 2. Intégrité structurale 3. Fiabilité 4. Qualification de l’équipement |
5. Préparation aux situations d’urgence |
1. Préparation aux situations d’urgence |
6. Rendement en matière d’environnement |
1. Systèmes de protection de l’environnement 2. Surveillance des effluents et de l’environnement |
7. Radioprotection |
1. Exposition individuelle 2. Gestion des déchets de la centrale |
8. Sécurité du site |
1. Sécurité du site |
9. Régime des garanties |
1. Régime des garanties |